
Un cœur de porc pour un homme : l’exploit qui a ouvert une nouvelle voie
Un cœur animal peut-il remplacer un cœur humain ? En janvier 2022, une équipe américaine a franchi une étape majeure en greffant à David Bennett le cœur d’un porc génétiquement modifié. Pour comprendre cet exploit, il faut regarder ce qui se joue bien avant l’entrée au bloc opératoire.
Découvertes · 5 min de lecture
David Bennett a 57 ans et son cœur ne parvient plus à assurer correctement la circulation du sang. Une machine aide à le maintenir en vie. Jugé inéligible à une greffe de cœur humain, il accepte une intervention expérimentale proposée par l’équipe de l’université du Maryland, à Baltimore.
Le 7 janvier 2022, les chirurgiens lui transplantent un cœur de porc. L’autorité américaine chargée des médicaments et des traitements a donné une autorisation exceptionnelle pour ce patient gravement malade. Cette possibilité, appelée accès compassionnel, permet de tenter un traitement encore expérimental dans une situation particulière.
Pourquoi chercher un organe chez une autre espèce ?
Une greffe consiste à remplacer un organe malade par un organe capable d’en assurer la fonction. Mais les organes humains disponibles ne suffisent pas à répondre aux besoins. L’idée d’utiliser un animal donneur cherche à ouvrir une autre possibilité. Elle porte un nom : la xénotransplantation, autrement dit une greffe entre deux espèces.
Le défi ne se limite pas à raccorder les vaisseaux sanguins. Notre système immunitaire, l’ensemble de nos défenses, distingue ce qui appartient au corps de ce qui lui est étranger. Il peut attaquer les cellules d’un organe transplanté : c’est le rejet. Entre un porc et un humain, les différences à surmonter sont particulièrement importantes.
Une longue histoire, une nouvelle approche
Dans les années 1960, des équipes tentent déjà des greffes de reins de chimpanzés chez des humains. En 1964, James Hardy transplante un cœur de chimpanzé chez un homme ; le cœur ne bat qu’environ une heure et demie. En 1984, Baby Fae, un nourrisson, reçoit un cœur de babouin et survit près de trois semaines.
David Bennett n’est donc pas le premier humain à recevoir un cœur animal. Ce qui distingue son opération, c’est la préparation du porc donneur : les chercheurs ont modifié certains de ses gènes pour rendre son cœur plus compatible avec un organisme humain.
Dix modifications avant la greffe
Les gènes sont des portions d’ADN qui participent aux instructions de fonctionnement des cellules. Chez ce porc, trois gènes ont été désactivés pour réduire le risque d’un rejet rapide. Six gènes humains ont été ajoutés pour améliorer la compatibilité de l’organe. Un autre gène porcin a été désactivé pour limiter sa croissance.
Ces dix modifications ne transforment pas le cœur de porc en cœur humain. Elles cherchent à rendre possible son fonctionnement chez un receveur humain. Des médicaments sont également nécessaires pour freiner les réactions de défense contre l’organe greffé.
Ce que l’opération a rendu possible
Après la greffe, le cœur fonctionne suffisamment bien pour que l’équipe retire la machine d’assistance circulatoire. Pendant plusieurs semaines, un cœur de porc assure ainsi la circulation sanguine de David Bennett. Il passe du temps avec sa famille et commence une rééducation.
Son état se dégrade ensuite. Il meurt le 8 mars 2022, soixante jours après l’opération, sans avoir pu rentrer chez lui. Les analyses suggèrent plusieurs mécanismes de défaillance du cœur greffé, dont des lésions liées aux défenses immunitaires et la possible contribution d’un virus porcin. Elles ne permettent pas de désigner une cause unique ; aucune preuve d’infection des tissus humains par ce virus n’a été trouvée.
Une voie désormais concrète
En septembre 2023, un deuxième patient, Lawrence Faucette, reçoit un cœur de porc génétiquement modifié. Il survit quarante jours. Ce nouveau cas apporte notamment des informations sur la façon dont les défenses du receveur finissent par attaquer l’organe.
Ces premières greffes ont montré qu’un cœur animal préparé génétiquement pouvait soutenir la circulation d’un être humain. La suite consiste à prolonger ce fonctionnement et à permettre aux patients de retrouver une vie hors de l’hôpital. L’ambition derrière la prouesse chirurgicale reste très concrète : disposer un jour de davantage d’organes pour ceux qui en ont besoin.
Pour prolonger la lecture
Rapport médical de la greffe de David Bennett, NEJM, 2022
Préparation génétique du donneur, université du Maryland, janvier 2022
Histoire de la greffe cardiaque de James Hardy, centre opérateur