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Contre le cancer, un vaccin taillé pour une seule tumeur

Les vaccins personnalisés cherchent à apprendre au système immunitaire à reconnaître des particularités d’une tumeur. Retour sur des essais qui ont rendu cette idée concrète, sans annoncer un remède universel.

Évocation artistique de formes cellulaires.

En trois points

  • Ces vaccins thérapeutiques ciblent un cancer déjà diagnostiqué.
  • Une étude menée après l’opération d’un mélanome, un cancer de la peau, a testé l’ajout d’un vaccin personnalisé à un traitement qui stimule les défenses contre le cancer.
  • Une réponse immunitaire, une récidive évitée et une guérison sont des résultats différents.

Un vaccin préparé pour une personne, à partir des caractéristiques de son cancer : l’idée ressemble à de la haute couture biologique. Elle commence pourtant par une question très pratique. Quelles particularités de cette tumeur le système immunitaire pourrait-il apprendre à reconnaître ?

Les publications de 2017, 2023 et 2024 examinées ici racontent la progression de cette approche. Ce retour sur des études fondatrices ne constitue pas un inventaire exhaustif des résultats disponibles en 2026, ni une annonce de traitement accessible à tous.

Trouver des signes distinctifs

L’ADN contient les instructions qui permettent aux cellules de fonctionner. Dans les cellules cancéreuses, certaines de ces instructions sont modifiées : ce sont les mutations. Elles peuvent entraîner la fabrication de protéines différentes de celles des cellules saines. Le vaccin personnalisé cherche à apprendre aux défenses immunitaires à reconnaître des fragments de ces protéines, pour mieux repérer les cellules cancéreuses.

Dans une étude de 2017, six personnes avaient reçu un vaccin personnalisé après une opération pour retirer un mélanome, un cancer de la peau présentant un risque élevé de récidive. Ils observaient des réponses de lymphocytes T, ces cellules capables de reconnaître certaines cibles. Le petit effectif et l’absence de groupe de comparaison constitué par tirage au sort interdisaient de mesurer solidement un bénéfice clinique.

Cette étape montrait surtout qu’une chaîne de travail personnalisée pouvait fonctionner : analyser, choisir des cibles, fabriquer, puis vérifier la réponse biologique. La publication comporte un correctif de 2018 précisant la disponibilité des données et la gestion des conflits d’intérêts ; des liens avec Neon Therapeutics sont déclarés.

Comparer avec et sans le vaccin

Une étude publiée en 2024 a suivi 157 personnes après une opération pour retirer un mélanome, un cancer de la peau présentant ici un risque élevé de revenir. L’essai comparait le pembrolizumab seul à son association avec mRNA-4157/V 940, une préparation individualisée à ARN messager. L’ARN messager porte des instructions que les cellules peuvent utiliser pour fabriquer des protéines ; ici, l’objectif est d’apprendre aux défenses immunitaires à reconnaître des cibles du cancer. Le pembrolizumab est un traitement qui aide ces défenses à agir contre le cancer. Il évaluait donc l’ajout du vaccin, pas son remplacement de tous les soins.

À 18 mois, la proportion estimée de personnes vivantes sans retour du cancer était de 79 % avec la combinaison contre 62 % avec le pembrolizumab seul. Ce résultat encourageant reste incertain : il ne prouve ni une guérison ni un allongement de la vie.

Un suivi publié en 2026 apporte davantage de recul : après environ cinq ans, les résultats restent favorables à l’ajout du vaccin pour limiter le retour du mélanome. Ils ne permettent toutefois pas encore d’affirmer que les patients vivent plus longtemps. Lire la publication du suivi.

Des effets indésirables, dont fatigue et réactions au site d’injection, étaient rapportés. Des événements liés aux traitements de grade 3 ou plus, correspondant à une toxicité sévère ou davantage, concernaient 25 % du groupe combiné et 18 % du groupe pembrolizumab seul. Ces proportions descriptives ne prouvent pas une différence statistique et ne s’attribuent pas toutes au vaccin. L’essai était financé par Moderna et Merck.

Une piste explorée dans d’autres cancers

En 2023, Luis Rojas et collègues ont publié dans Nature une étude chez des personnes opérées d’un cancer du pancréas. Seize personnes avaient reçu le vaccin personnalisé et une immunothérapie, qui mobilise les défenses contre le cancer. Quinze avaient ensuite reçu une chimiothérapie. Une réaction immunitaire dirigée contre les cibles du vaccin avait été détectée chez huit des seize personnes vaccinées.

Cette observation est intéressante parce qu’elle déplace la question : la même stratégie générale peut-elle fonctionner dans des cancers différents ? Elle ne répond pas encore à la question du bénéfice garanti. L’étude était petite, et plusieurs traitements avaient été associés. La relation entre réponse immunitaire et retard de récidive ne permettait pas d’attribuer à elle seule cet effet au vaccin.

Le financement de cette étude comprenait des soutiens publics et philanthropiques ainsi que Genentech et BioNTech. Plusieurs auteurs déclaraient être employés de ces deux sociétés. Ces liens sont à garder en vue lorsque l’on interprète cette première étude.

Elle rappelle surtout qu’une mesure dans le sang et un résultat pour la personne ne sont pas interchangeables. Montrer que des cellules immunitaires réagissent est une étape ; démontrer une vie plus longue ou meilleure en est une autre.

Ce qu’il reste à découvrir

Les prochaines études devront montrer à quels patients ces vaccins peuvent réellement profiter. Il faudra préciser le type de cancer et son stade, puis comparer les résultats avec ceux du traitement sans vaccin. L’objectif est concret : savoir si le cancer revient moins souvent, si les patients vivent plus longtemps et avec quels effets indésirables. Un bénéfice observé dans le mélanome ne signifie pas que le vaccin fonctionnera contre tous les cancers.

Il faudra aussi examiner la durée du suivi, les effets indésirables et la possibilité de fabriquer la préparation dans les conditions réelles de soins. La personnalisation n’est pas seulement une propriété du médicament : elle soulève une question d’organisation et d’accès.

Ces travaux ouvrent une piste de traitement supplémentaire. Dans l’étude sur le mélanome, le vaccin était ajouté à un autre traitement contre le cancer. Les publications présentées ici ne précisent pas si ces vaccins sont accessibles en Suisse. Pour connaître les possibilités de participer à une étude, un patient peut en parler à l’équipe qui le soigne.

Sources et transparence

Ce décryptage ne remplace pas une consultation individuelle.