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Réparer l’ADN directement dans le corps : une nouvelle étape pour CRISPR

Un premier patient a reçu un traitement conçu pour corriger une anomalie génétique dans les cellules de son foie. Cette nouvelle étape du « prime editing » ouvre une perspective : agir sur la cause d’une maladie, à l’intérieur même de l’organisme.

Évocation de la réécriture de l’ADN : une double hélice ivoire et un fragment corail sur fond vert profond.

Le cuivre est indispensable à notre santé. Nous en absorbons de petites quantités en mangeant, et notre corps doit ensuite évacuer ce dont il n’a plus besoin. Dans la maladie de Wilson, ce mécanisme se dérègle : le cuivre s’accumule, notamment dans le foie, et peut finir par endommager plusieurs organes, dont le cerveau.

Et si l’on pouvait réparer l’instruction génétique à l’origine du problème ? C’est l’objectif d’un traitement expérimental administré à un premier patient, dont Nature a raconté l’histoire le 22 octobre 2026. La nouveauté tient à la méthode utilisée : le prime editing, une évolution des outils CRISPR, est cette fois envoyé directement dans l’organisme.

Quand une instruction manque sa cible

Pour comprendre cette approche, imaginons l’ADN comme un immense ensemble d’instructions. Chaque cellule en conserve une copie. Un gène est une portion de cet ensemble qui contient notamment les indications nécessaires à la fabrication d’une protéine, une molécule chargée d’accomplir une tâche.

Dans la maladie de Wilson, le gène concerné s’appelle ATP7B. La protéine qu’il permet de fabriquer participe à l’évacuation du cuivre hors du foie. Certaines modifications de ce gène, appelées mutations, empêchent la protéine de fonctionner correctement. Le problème n’est donc pas simplement d’avoir mangé trop de cuivre : c’est la capacité de l’organisme à le gérer qui est altérée.

Les traitements actuels permettent d’en éliminer l’excès ou d’en limiter l’absorption par l’intestin. Ils peuvent prévenir les complications ou améliorer les symptômes, mais doivent généralement être poursuivis toute la vie. Dans certaines formes graves, une greffe du foie peut être nécessaire.

Des ciseaux au correcteur de texte

CRISPR est souvent présenté comme une paire de ciseaux moléculaires. L’image décrit assez bien les outils classiques : ils repèrent une séquence d’ADN et la coupent, puis la cellule répare cette coupure. Cette stratégie peut notamment servir à mettre un gène hors service.

Le prime editing, présenté en 2019, ressemble davantage à une fonction « rechercher et remplacer ». Un guide moléculaire indique l’endroit à atteindre et porte les instructions de la correction souhaitée. Un outil associé écrit alors la nouvelle séquence. Selon ce que l’on veut obtenir, la technique peut remplacer des lettres de l’ADN, en ajouter ou en retirer.

Elle n’a pas besoin de couper simultanément les deux brins de la double hélice, comme le fait le CRISPR classique. Cela élargit les modifications possibles. Mais la métaphore du traitement de texte a sa limite : une cellule n’est pas un document informatique. Il faut vérifier que la correction se fait suffisamment souvent, au bon endroit, sans modifications indésirables.

Le foie devient le lieu de la correction

Certaines thérapies génétiques nécessitent de prélever des cellules, de les modifier au laboratoire, puis de les réinjecter au patient. Ici, les cellules restent à leur place. Le traitement est conçu pour apporter les outils de correction jusqu’au foie, par une perfusion dans une veine.

De minuscules enveloppes constituées de lipides, des molécules grasses, transportent ce matériel. Leur rôle est de permettre sa livraison aux cellules visées. C’est ce que signifie « in vivo » : l’intervention génétique est prévue dans l’organisme, et non sur des cellules sorties du corps. Il ne s’agit pas de modifier tout l’ADN du patient, mais de cibler une anomalie précise dans les cellules concernées.

Ce que l’on attend maintenant

La société Prime Medicine a annoncé cette première administration le 5 octobre 2026. Son traitement, PM577a, vise une mutation particulière de la maladie de Wilson. Il ne s’adresse donc pas d’emblée à toutes les personnes atteintes de cette maladie.

L’essai doit d’abord établir comment le traitement est toléré et rechercher ses premiers effets. Les chercheurs examineront notamment si l’organisme gère mieux le cuivre. Les premières données cliniques sont annoncées pour 2027.

À ce stade, l’administration est confirmée ; la réussite de la correction chez ce patient et son bénéfice pour sa santé restent à démontrer. C’est pourtant une étape importante : un outil développé pour réécrire l’ADN entre dans un essai où il doit agir directement dans le corps. La prochaine question sera très concrète : cette correction peut-elle changer durablement la vie d’une personne malade ?