
Diabète : un implant transforme le sucre pour faire baisser la glycémie
À Bâle, une équipe de l’ETH explore une façon de réguler le sucre dans le sang : le convertir en une autre molécule grâce à un implant électrique. Les premiers résultats ont été obtenus chez des souris.
Après un repas, une partie des aliments devient du glucose, un sucre qui circule dans le sang et fournit de l’énergie à nos cellules. Sa concentration porte un nom familier aux personnes diabétiques : la glycémie. Elle varie au fil de la journée, mais l’organisme doit la maintenir dans certaines limites.
Dans le diabète de type 2, cet équilibre se dérègle. L’insuline, une hormone fabriquée par le pancréas, aide normalement le glucose à entrer dans les cellules. Celles-ci peuvent devenir moins sensibles à son action, tandis que le pancréas ne produit plus assez d’insuline pour compenser. Le sucre reste alors trop abondant dans le sang.
Agir directement sur le sucre
Comment faire baisser cet excès ? À Bâle, les chercheurs de l’équipe de Martin Fussenegger ont construit un dispositif qui s’attaque au glucose lui-même. Leur implant, présenté dans Science en octobre 2026, déclenche une réaction chimique à l’intérieur du corps.
Le glucose devient du gluconate, une molécule différente que les reins peuvent éliminer dans les urines. L’idée est donc de retirer une partie du sucre disponible en le transformant.
Ce déplacement du problème est ce qui rend l’approche passionnante : concevoir un appareil capable d’agir sur une molécule, là où elle se trouve. L’enjeu dépasse la fabrication d’un nouveau capteur. Il s’agit de passer de la mesure à une intervention chimique contrôlée.
De l’or, du platine et un courant électrique
Au cœur de l’implant se trouve un catalyseur, c’est-à-dire un matériau qui facilite une réaction chimique. Les chercheurs utilisent un support de graphite portant de minuscules structures d’or et de platine. L’électricité permet d’activer la conversion du glucose.
Cette partie du dispositif fonctionne sans cellules vivantes ni enzymes, les protéines qui accélèrent habituellement les réactions dans notre corps. L’énergie nécessaire à l’implant est transmise sans fil. L’électronique devient ainsi une commande pour déclencher la transformation.
Mesurer, agir, puis s’arrêter
Pour être utile, un tel système doit agir au bon moment. Les chercheurs l’ont donc associé à un capteur qui suit le glucose en continu. Les mesures sont communiquées à un smartphone, chargé de piloter le dispositif.
Quand le niveau dépasse la cible prévue, le système active le catalyseur. Lorsque le glucose revient au niveau souhaité, il interrompt son activité. C’est ce que les ingénieurs appellent une « boucle fermée » : la mesure guide l’action, puis la nouvelle mesure permet de l’ajuster.
On peut se représenter cette logique avec un thermostat. La température mesurée détermine si le chauffage fonctionne ; ici, c’est le niveau de glucose qui commande la réaction.
Une première démonstration chez la souris
Les expériences ont porté sur des souris présentant un diabète de type 2. Pendant six semaines, les chercheurs ont observé une régulation de la glycémie ainsi qu’une perte de poids. Ils n’ont pas détecté d’hypoglycémie, une baisse excessive du sucre sanguin, dans les conditions étudiées.
Aucun essai humain n’a encore été réalisé, précise l’ETH. Pour envisager une utilisation chez des patients, il faudra notamment vérifier que l’implant transforme suffisamment de glucose et reste efficace et bien toléré dans la durée.
Une nouvelle façon d’imaginer le traitement
Le diabète concerne aussi la santé du cœur, des reins et des vaisseaux. Sa prise en charge dépasse donc un chiffre de glycémie. Cet implant ouvre néanmoins une perspective singulière : utiliser un appareil pour effectuer, à la demande, une transformation chimique dans le corps.
Le changement est pour l’instant dans la manière de concevoir le traitement. Une question de biologie rencontre une réponse de chimie et d’électronique. C’est à cette intersection que cette recherche suisse propose une voie nouvelle.
Sources et repères
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